A quand des journées du "Matrimoine" à Genève ?

Imprimer

Les Journées du Patrimoine connaissent, depuis de nombreuses années, un succès durable et font désormais partie du calendrier culturel. Le public est fidèle et se presse pour découvrir des trésors cachés, des bâtiments officiels ou des lieux de mémoires. Crées en France en 1984, ces journées sont devenues européennes depuis 1991.

Mais que diriez-vous d'organiser aussi des journées du Matrimoine à Genève, comme je l'ai récemment proposé au Conseil Municipal de la Ville de Genève  (https://www.ville-geneve.ch/conseil-municipal/objets-interventions/motions/) ?

Au premier abord, ce terme de "matrimoine" peut surprendre, et pourrait même faire sourire. C'est compréhensible et c'était un peu le but, à vrai dire! :-)

On l'oublie souvent mais le mot "patrimoine" signifie étymologiquement "l'héritage des pères". Il a progressivement supplanté le terme "matrimoine" ("l'héritage des mères") qui existe pourtant depuis le Moyen Age mais dont l'utilisation a aujourd'hui presque disparu de la langue française.

L’égalité entre femmes et hommes nécessite une valorisation de l’héritage des femmes. Matrimoine et Patrimoine doivent constituer ensemble notre héritage culturel commun. Fort de ce constat, des journées du "Matrimoine" ont été lancées en 2015 en île-de-France aux mêmes dates que celles du Patrimoine. Au vu du succès rencontré auprès du public par cette première édition, ces journées du Matrimoine ont rapidement vu le jour dans de nombreuses villes et régions de France (Toulouse, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Rennes, Rouen, Amiens, dans les Pyrénées, etc.) et, pour la première fois en 2019, en Belgique à Bruxelles.

L'intention de ces journées du "Matrimoine" est simple : il s'agit de mettre un coup de projecteur sur les figures féminines qui ont marqué l'histoire culturelle ou politique d'une Ville et qui restent souvent méconnues ou sont tombées dans l'oubli, d'évoquer les oeuvres féminines dans tous les domaines (architecture, théâtre, musique, écriture, etc.) … bref de remettre à l'honneur des femmes de culture au travers de rencontres, parcours urbains, concerts, conférences, visites, lectures, performances, projections, etc.

Lors des précédentes éditions en île-de-France, les journées du Matrimoine proposaient ainsi une visite sur les traces d'Alice Guy, pionnière du cinéma muet et auteur de plus de 600 films, ainsi qu'une projection de ses œuvres sur les Buttes-Chaumont. D'autres parcours urbains, par exemple sur les traces de femmes architectes méconnues, étaient proposés. Les musées de la Ville de Paris (par exemple le Musée du Quai d'Orsay) proposaient différentes visites guidées à la découverte des grandes artistes femmes. Une Promenade - Lecture autour de Simone de Beauvoir - était également organisée. Enfin, des comédiennes et chanteuses faisaient revivre l'histoire des femmes érudites condamnées à mort pour sorcellerie, telle la philosophe Marguerite Porete qui périt en 1310 sur la place de l'Hôtel-de-Ville de Paris. A Toulouse ou Bordeaux, des parcours sur les traces de femmes résistantes durant la guerre oscillaient entre explications historiques et performances artistiques (danse, chant, etc.) afin de faire entrer en résonances le parcours de femmes du passé avec le travail d'artistes actuelles, de jeter des ponts entre femme du passé et du présent. A Strasbourg, un parcours urbain en quatre étapes passait notamment par la place du Marché-aux-Vins pour y parler de bière, et plus précisément de femmes brasseuses tant la bière était apparemment à l'origine une affaire de femmes!

Bref, ces journées du Matrimoine, dont le slogan en 2017 était "patrimoine + matrimoine = notre héritage culturel", ne sont pas là pour concurrencer les journées du Patrimoine mais pour rendre visibles les figures féminines du passé, éveiller les consciences et sensibiliser le public. Une sorte de pied de nez amical ou de festival "off" aux Journées du Patrimoine.

En-dehors des hauts faits de la Mère Royaume, ou des écrits d'Ella Maillard ou de Madame de Staël, les Genevoises et les Genevois connaissent peu de figures féminines genevoises. Elles sont pourtant nombreuses. Savez-vous par exemple que le nom d'une femme, Marie Dentière, théologienne et réformatrice protestante du XVIème siècle, est gravé depuis 2002 sur le Mur des réformateurs? Nul doute qu'une journée du Matrimoine permettrait aux Genevoises et Genevois – et notamment aux jeunes générations! -  curieux de l'histoire de la cité lémanique de prendre conscience de l'existence de ces illustres modèles.

 

Lien permanent 2 commentaires

Commentaires

  • Les panneaux roses ans les rues, la journée du mattimoine et les autres actions visant à mettre les femmes dans la lumière favorisent la performance et la compétition, donc le besoin qu’a L’ego de briller... Dommage car c’est justement l’inverse que les femmes auraient avantage à transmettre à notre société: l’amour, l’humilité, la tolérance etc. À vouloir entrer dans la compétition, les femmes se tirent une balle dans le pied et personne n’en sortira gagnant.

  • Il y a eu, il y a quelques siècles à l'église, le fameux débat sur le sexe des anges. J'ai l'impression qu'on vire dans le même mouvement.

    Il y a des femmes méconnus, comme des hommes méconnus. Pourquoi mettre en avant plus les femmes que les hommes, si ce n'est pour croire que cela chassera un sentiment d'infériorité qui n'a pas lieu d'être. On va me dire qu'il y a suffisamment d'hommes, mais est-ce autant une bonne raison ?

    Les Google, Apple, Amazon, Microsoft ont été créé par des hommes, c'est cela qui doit interpeler.

    J'ajoute, dans un délire on peut chanter: ma patrie et ma matrie.
    Et parler de mère Noël.

    Nous sommes humains, regardons d'abord ce qui nous unis au lieu de catégoriser.
    Il y a beaucoup de femmes politiques brillantes, doit-on forcément y associer le mot "femme" ?

    Nous sommes humains, citoyens suisse, cherchons plutôt à nous rapprocher quelques soit la région, la langue, le sexe. Le problème est moins l'égalité que l'individualisme qui isole et qui a détruit l'âme des villes, des régions de la Suisse. La division homme-femme est un marqueur d'une société individualiste/égocentrique en folie.

    Nous avons, suite à ce 20ème siècle sacrifié à l'économie, à reconstruire une communauté, un esprit, une âme à travers tout le pays. Cela passe par beaucoup de choses comme la structure des villes, les priorités politiques, le rapprochement des générations et des villes-campagnes, etc...

    Rendre la société plus juste est une chose (égalité), la diviser en catégorie n'est pas acceptable.

Les commentaires sont fermés.