Une Ville pensée aussi pour les aînes!

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En novembre dernier, j'ai partagé pendant 24 heures le quotidien des pompiers professionnels du Service d'incendie et de secours (SIS) de la Ville de Genève. Je voulais sortir des murs confortables du Conseil Municipal pour découvrir les réalités auxquelles ces hommes et ces femmes sont confrontés.

Ce qui m'a le plus frappée lors de cette immersion, c'est de constater que les pompiers ne sont pas "seulement" ceux qui éteignent le feu: ce sont aussi des confidents et des "anges gardiens" témoins de l'isolement et de la solitude des personnes âgées. Il y a 15 ans, les sapeurs-pompiers se rendaient quelques dizaines de fois par année au domicile de personnes âgées isolées pour les aider à se relever après une chute. Aujourd'hui, c'est plus de 800 "relevages de personnes" par année qu'ils effectuent, soit plus de deux par jour! Nos pompiers sont devenus des acteurs-clés dans une société qui oublie trop souvent le lien social.

La population suisse vieillit. En 2040, près d'une personne sur quatre résidente en Ville de Genève (23%) aura plus de 65 ans, et le nombre de celles ayant plus de 80 ans aura doublé. Aux côtés des enjeux liés au climat, le vieillissement de la population sera l'autre grand défi de ces prochaines années.

Inventer la ville de demain, c'est construire une cité qui offre à chacune et chacun les conditions de son épanouissement, quel que soit son âge. C'est la raison pour laquelle j'ai déposé au Conseil Municipal, en 2014, une motion qui demandait d'inclure, dans tous les projets d'aménagement, le "réflexe senior". Parce qu''un espace urbain adapté est le facteur principal d’une vie sociale en dehors du domicile, en particulier quand l'autonomie diminue: sortir de chez soi permet de rompre l’isolement, de voir des proches et de participer à la vie de la cité. Le temps de traversée aux passages piétons, la présence de bancs pour se reposer ou de places ombragées pour se retrouver, le bon état des trottoirs et leur déneigement pour diminuer les risques de chutes font toute la différence pour les aînés en perte de mobilité.

Cinq ans plus tard, force est de constater que des efforts importants doivent encore être fournis par la Municipalité. L’absence de bancs, de toilettes ou le manque d’ombre dans un espace public limite encore trop souvent les sorties et contribue à l’isolement des aînés.

Mais porter une attention particulière aux questions d'aménagement ne suffit pas. Il faut surtout tisser du lien. Dans le canton de Vaud, des "quartiers solidaires" ont vu le jour. L'objectif est de réunir des habitants du même pâté de maisons lors de promenades, de mettre en place un réseau d’aide pour organiser des courses dans les magasins ou des solutions de garde pour les enfants. Bref, de développer des liens intergénérationnels au travers de diverses activités pour qu'un jour nos pompiers ne soient plus les seules aides vers qui des personnes âgées doivent se tourner lorsqu'elles chutent chez elles.

Marie Barbey-Chappuis

(Lettre d'Invité publiée le 27 décembre 2019 dans la Tribune de Genève)

www.marie-barbey-chappuis.ch

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